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SUJET : Auguste REICHEL - Rose+Croix

Auguste REICHEL - Rose+Croix 2 ans 5 mois ago #3592

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Bonjour à tous,

C'est à une sorte d'anniversaire que je vous convie aujourd'hui.

Le 8 août 1934 se tenait à Bruxelles le premier convent rassemblant divers Ordres Initiatiques et qui verra la création, le 14 août de la F.U.D.O.D.I. (Federatio Universalis Dirigens Ordines Societatesque Initiationis).

Quelques mois plus tard, la revue "La Rose+Croix", Organe de la Société Alchimique de France, de F. Jollivet-Castelot, devenait également celui de l'"Ordre Antique et Mystique de la Rose Croix". On peut y lire notamment que "En tous pays de notre Monde, les Juridictions exotériques de l'Antique Mysticusque ordo Rosae Crucis se sont réveillées et œuvrent ; leur effort tend à conduire "ceux qui sont prêts" à la Porte du Temple Intérieur."


A ce convent fondateur de 1934, participera Auguste Reichel, Fra AMERTIS, qui signera notamment un avant-propos du "Code de Vie du Roe-Croix" édité en 1935, et qui est membre de l'Ordre de la Rose-Croix Suisse (AMORC) du Dr Bertholet, dignitaire de l'"Ordre des Samaritains Inconnus", membre important de la "Société Alchimique de France" de Jollivet-Castelot, responsable de la "Confrérie des Frères Illuminés de la Rose-Croix" et Grand Maître de l'Ordre Martiniste de Suisse. Il fut aussi en son temps, membre de l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix et j'en oublie.

En compagnie de Edouard Bertholet, Auguste Reichel crée l'Ordre Ancien et Mystique de la Rose-Croix, dans le canton de Vaud en Suisse qui tient ses chartes de la Confrérie des Frères Illuminés de la Rose-Croix de Reichel et de la Rose-Croix intérieure de Hiéronymus.

En 1935, à la suite d'une crise entre les Ordres maçonniques de Memphis et Misraïm et la FUDOSI, une rupture interviendra et Auguste Reichel en sera exclu en 1937 suite à la demande de sanction de Ed. Bertholet et P. Genillard. Fra Amertis se rangera du côté de la FUDOFSI, mais là n'est pas le sujet.

Auguste Reichel, Fra Amertis, aura eu le temps de proposer dans la revue Rose+Croix de l'époque, un long article, sur plusieurs publications, intitulé : A propos de l'Histoire "R.+C." qui reprend, comme vous pourrez le constater, les thèses développées notamment par Harvey S. Lewis qui d'ailleurs est nommément cité. Il aborde aussi le sujet de la Rose-Croix Toulousaine et l'explication mérite le détour, mais il cite aussi Lyon et Nîmes dans sa description des origines de la R.-C. en France.

Il est très difficile de trouver des écrits d'Auguste Reichel et c'est un peu lui rendre justice aujourd'hui non seulement de l'évoquer mais de soumettre sa création à vos réflexions. C'est cet article complet, inédit, que je soumets à votre lecture, il permet de se replonger 80 ans plus tôt, exactement, et c'est la raison de cet anniversaire, à une époque où l'occultisme et l'hermétisme préparaient leur sauvegarde.

Bonne lecture,

Fraternellement,
Guy

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A propos de l'Histoire "R.+C."


S’il est un sujet des plus discutés et des plus discutables, c’est bien celui de l’histoire de l’auguste Fraternité à laquelle nous prétendons nous rattacher. Nombreux sont les auteurs qui se sont efforcés de retracer ses origines et bien peu, il faut bien en convenir, se sont approchés des faits réels, quelquefois même sans se douter de l’exactitude ou de l’inexactitude de leurs affirmations. Actuellement encore, bien rares sont les ouvrages qui à bon droit pourraient être accueillis sans suspicion et l’on ne saurait en vouloir à celui qui serait tenté de dénier à l’ensemble de la littérature qui a paru sur ce thème à ce jour, toute valeur réelle et probante d’authenticité et de conformité historique. Nous n’avons donc pas la prétention nous-mêmes, de donner ci-après un résumé de faits absolument complet dans sa continuité, ni rigoureusement exact quant à ses indications chronologique. Au mieux de nos possibilités cependant, nous nous efforcerons de tirer une suite logique de tout le complexe amas d’assertions, légendaires en partie, parfaitement concordantes avec la réalité pour le reste, qui entoure l’existence à travers les âges de l’Ordre de la Rose-Croix. D’emblée nous ferons ressortir que la raison principale de toutes les contradictions qui infirment l’histoire de l’Ordre est que le profane le plus souvent part d’une conception on ne peut plus fausse, en recherchant à travers les siècles les traces d’une Société fraternelle régulièrement constituée, à statut bien défini, et à branches et juridictions rigoureusement délimitées, ayant un centre administratif et doctrinaire géographiquement localisé ! Se faire une telle idée de l’Ordre Mystique de la Rose-Croix doit nécessairement éconduire le chercheur ; l’Ordre de la Rose-Croix, ne peut et ne doit être conçu autrement que sous son aspect éminemment mystique et spirituel, reliant tacitement tous les « Frères » ayant pénétré le symbolisme de la Croix et de la Rose et ayant atteint, par leur effort de spiritualisation intense, par le même amour de Dieu et des hommes, au degré d’une union fraternelle plus réelle dans sa mystique signification que tout lien consacré d’une organisation à bases matérielles.

Ce qui précède ne change en rien, d’ailleurs, au fait (et nous défions M. René Guénon même de nous contredire) qu’un courant d’une haute spiritualité et d’un idéal moral supérieur qui ne pouvait trouver d’expression plus déterminante et adéquate que le symbole de la Rose-Croix s’est fait sentir depuis la plus haute antiquité, se perpétuant jusqu’à nos jours. C’est de ce courant que se réclament plus ou moins visiblement, plus ou moins régulièrement aussi, il est vrai, un certain nombre de groupements spirituels et mystique que nous n’énumérons point ici.

D’autre part, de tous temps, des relations étroites ont existé entre ces divers groupements, tous animés d’un même Esprit, occupés à la même œuvre et bercés des mêmes espoirs !

Ainsi donc, l’existence en tant que « corporelle » de l’Ordre de la Rose-Croix ne repose pas sur un mythe et nous ajoutons que le critique sceptique, qui oppose à la raison de cette existence telle ou telle objection fondée en apparence, est aussi éloigné de la vérité que le trop crédule et naïf chercheur qui, de son côté, est trop facilement subjugué par la seule vision du symbole lui-même. On ne saurait en effet trop répéter que si, d’une part, le rattachement de certains centres initiatiques modernes à la tradition et à l’organisation actuelle de la succession légitime de l’ordre se justifie pleinement, aucun membres de ces groupements quel qu’il soit n’aura la prétention de se considérer et de se laisser considérer comme étant un « Rose-Croix » dans l’acceptation profondément symbolique, mystique et spirituelle de ce terme. Le sens de « Rose-Croix » implique une initiation personnelle aux arcanes de la Science hermétique et rosicrucienne dont la première manifestation ne peut être que celle d’une humilité interdisant d’emblée toute présomption et vanité de cette nature. Nous sommes tous, tant que nous sommes, des étudiants sincèrement chercheurs et avides des vérités et des bénédictions mystiques de la Rose-Croix ! Nous ne sommes rien de plus, aux yeux du monde et à nos propres yeux ! Nous sommes « Frères » en ce vivant symbole, et dans le sens mystique et spirituel plus spécialement attaché à cette qualité, et cela d’autant plus que par notre propre effort, par la pureté de nos intentions et par notre spiritualité nous avons atteint un degré plus ou moins élevé sur les marches qui conduisent vers le sommet de la Sagesse, vers le Sanctuaire tout illuminé du rayonnement de la mystique Schekkina.

Après nous être ainsi égarés en une introduction plus étendue que nous ne l’aurions voulue, et sans même tenter de retourner aux origines premières et présumées de l’Ordre, que l’on fait remonter avec quelque raison au règne d’Amenhotep IV et à la Confrérie des Esséniens, nous nous bornerons à évoquer les faits historiques tels qu’ils se laissent contrôler à partir de l’époque de Charlemagne.

A la suite de circonstances que l’on trouvera nettement exposées dans un article de l’Imperator actuel de la Juridiction américaine, H. Spencer Lewis F.R.C., (mars (1916) la vague « rosicrucienne » atteignit la France vers le milieu du VIIIe siècle de notre ère. On sait les tentatives faites par Charlemagne et historiquement rapportées de propager intensément les sciences et l’éducation dans toutes les contrées soumises à son autorité. L’empereur avait même établi, dans un cercle plus restreint, une école de haute science, dont faisait partie nombre de philosophes de valeur qui s’appliquaient à compléter leurs connaissances par de fréquents voyages en pays lointains. Parmi ces derniers, Alcuin (qui fit ses premières études dans le monastère d’York) et Arnaud se distinguèrent plus spécialement. Ce dernier, en 778 après J.-C., reçoit l’ordre de son Souverain de se rendre à Jérusalem tout d’abord, puis en Egypte, où il lui fut donné de prendre contact avec l’ordre initiatique lié au Symbole de la Croix et de la Rose. C’est de Thèbes qu’Arnaud revint en Europe 25 mois plus tard, muni de pleins pouvoirs, et cela en concordance avec la loi « AMRA », pour établir une branche de la Fraternité en France.

Par suite de circonstances dépendantes de l’époque, les relations entre Arnaud et Charlemagne avaient été interceptées. On retrouva néanmoins dans un monastère près de Millau (Tarn1) une lettre écrite par Arnaud à Charlemagne sur un papyrus alors qu’il se trouvait encore en voie d’initiation dans le temple R. C. à Thèbes.

Quant à Arnaud lui-même, c’est avec considération qu’il fut reçu à son retour par l’Empereur, qui lui octroya le privilège de localiser à Toulouse le centre rosicrucien qu’il était chargé de constituer. Actuellement encore, paraît-il, on découvre dans la banlieue de Toulouse les vestiges du cloître ou bourg qui servit ainsi à la fondation de ce premier centre en France, et il y a tout lieu de croire que la tour subsistant en ces ruines sert de nos jours encore d’archives à l’Ordre primitif de la Rose-Croix de France.

Ce premier centre rosicrucien d’Europe groupa rapidement un nombre suffisant d’« Initiés » et put convoquer sa première convention aux alentours de 804-805, sous la direction initiatique d’Arnaud.

Il ressort de documents probants, que les instructions rapportées d’Egypte faisaient dépendre de Thèbes même la faculté de l’établissement de centres secondaires et, de plus, ces instructions étaient précisées en ce sens, qu’il ne pouvait être question de créer plus d’un seul centre dans un même pays. C’est pour cette raison, sans doute, que ce ne fut qu’en 898 que le Grand-Maître en fonctions de la Rose-Croix, R. F. parvint à faire abroger les instructions primitives et à recevoir autorité pour l’établissement à Lyon du second centre historique en France. Cette seconde « Loge », et ceci soit dit par anticipation, développa d’emblée, une activité mystique et organisatrice intense dont il est possible de découvrir maintes traces. Notons à simple titre documentaire, qu’il n’y a pas lieu de contester le fait que de nombreux membres du Centre Rosicrucien de Lyon participèrent activement, et cela pour certaines raisons politiques et économiques, indépendantes du programme même de la R.-C., à l’ouverture en date du 23 juin 1623 d’une Loge Maçonnique, dont le rôle fut important par la suite.

Entre temps, la Rose-Croix de France était parvenue à propager rapidement son idéal spirituel et mystique et sa philosophie hermétique, d’un aspect essentiellement alchimique. Les dissensions religieuses et les luttes confessionnelles qui marquèrent cette époque moyenâgeuse facilitèrent son œuvre en éveillant dans les cœurs ardents des penseurs de cette époque tumultueuse l’écho de vérités qui de tout temps ont fait appel aux intuitions supérieures. D’un autre côté, il faut tenir compte de ces mêmes circonstances pour comprendre les difficultés qui sont actuellement à vaincre pour saisir le fil de la continuité de l’existence de l’ordre à travers le dédale des tentatives mystiques diverses faites à ce moment-là pour opposer à la dogmatique et scholastique catholicité les lumières de la liberté spirituelle, de l’« Hérésie ». Nous ne dénierons point, et cela nous serait difficile, que l’Ordre devint ainsi, dans de très nombreux cas, le refuge et le manteau des adversaires de l’orthodoxie.

Nombreux furent aussi, cependant, les cas d’adhésion au symbole de la Rose et de la Croix de membres de l’Eglise reconnue, du clergé même ! C’est en tout cas un fait significatif que celui que nous signaient maintes relations de l’époque, de prélats et de dignitaires ecclésiastiques portant sous leur robe de bure ou leur pourpoint l’emblème universel de l’« Homme-Dieu crucifié » cachant au revers… la « Rose » !

Finalement, tandis que vers l’an 1000 le monde chrétien anxieusement attendait la « fin du monde », selon l’interprétation donnée alors à certaines prophéties bibliques, la Rose-Croix de France consacra son premier Monastère dans la vieille cité romaine de Nemausus, actuellement Nîmes.

Ce monastère fut l’origine du Grand Collège rosicrucien ou Ecole R.-C. qui devait fleurir du XIIe à la moitié du XVIe siècle et qui fut instauré à Montpellier en 1882.

C’est à la plume de Phonaire, le zélé historien et archiviste de l’Ordre de 1132-1134, que l’on doit de précieux renseignements sur les disciplines de la Rose-Croix en France durant les premiers siècles de sa manifestation dans ce pays. Nous passons sous silence les événements de l’époque du martyr Raymond VI, comte de Toulouse, le protecteur des mystiques et des Albigeois, événements plus généralement connus. Les archives de la Fraternité conservent toutes précisions à ce sujet, et le fameux donjon de Toulouse serait le gardien de précieux détails à ce sujet, bien que pareils documents, et pour cause, aient été soustraits à la publicité profane. C’est à Toulouse que se réunit actuellement encore, et cela depuis 1487, à périodes régulières, le « Suprême Conseil de la Rose-Croix de France ».

Au cours des derniers siècles, l’organisation se ressentit grandement de la répercussion des événements qui, en Allemagne tout spécialement, préparaient un déploiement incroyable de sociétés plus ou moins secrètes, de sectes dénommées d’« Illuminés » avec plus ou moins de raison, se réclamant toutes avec une justification plus ou moins autorisée de l’antique Tradition rosicrucienne. Nous ne ferons que vaguement allusion à ces phénomènes, comme nous avons passé sous silence la fin tragique de l’Ordre des Templiers ou du moins, pour être plus précis, la disparition apparente de cette puissance qui parut si redoutable tant à Philippe Le Bel qu’au pape Clément V. Ces faits historiques sont suffisamment faciles à retracer pour que nous puissions nous dispenser d’insister. Que ces évènements aient profondément réagi sur les destinées de la Rose-Croix, cela est évident et même ferons-nous ressortir que les diverses infiltrations qui en résultèrent, tout en lui donnant une vigueur nouvelle, risquaient fort d’altérer le caractère de sa propre et pure tradition.

Il n’est donc pas difficile de suivre l’histoire de l’Ordre dès le XVe siècle. Chacun peut se reporter à une documentation aussi riche que variée, bien que touffue et tendancieuse tout à la fois. Prenons garde néanmoins de nous égarer en cherchant à démêler le fil reliant toutes ces organisations qui semblèrent jaillir spontanément et simultanément dès cette époque si propice aux spéculations des Mystiques et Illuminés de toutes catégories.

En considérant cet état de choses, il est indispensable de se rappeler ce que nous disions au début et de ne point perdre de vue que quelles que soient les apparences et quels que soient les obstacles contre lesquels elle eut à se défendre, la Tradition rosicrucienne sut se maintenir entre les mains d’initiés conscients du rôle sacré qui leur était échu. Et ils surent la perpétuer et la transmettre à nos générations en s’entourant de toutes les précautions désirables.

Actuellement encore, la Rose-Croix – et nous parlons, bien entendu, de la Branche française – s’affirme hautement. Cachée aux yeux du profane, elle n’en œuvre pas moins et son influence bienfaisante se fait sentir jusque dans les ramifications les plus insoupçonnées de la pensée philosophique, jusqu’au sein de presque toutes les organisations à base hermétique et à programme initiatique, et cela en dépit de sa récente période d’occultation.

La grande guerre réduisit fortement l’effectif de la Rose-Croix de France. En 1915 son Conseil Suprême n’était plus composé que de 7 membres au lieu de 25. C’est donc que l’organisation eut à souffrir cruellement des conditions économiques et politiques. Pourtant ses cadres se sont resserrés et aujourd’hui même, c’est avec une force nouvelle qu’elle continue son œuvre féconde, humanitaire, mystique et régénératrice.

Nous en avons dit assez de la constitution et de la propagation de la Rose-Croix en France.

Ce fut Charlemagne lui-même qui introduisit l’Ordre en Germanie, où, sur son désir exprès, un certain Mause consacra sa fondation.

Un premier centre germanique fut constitué à cette époque sur les bords du Rhin, près de Coblentz, centre qui garda durant près de 3 siècles un caractère des plus secrets et des plus fermés, tout en groupant les esprits les plus érudits et les plus franchement ouverts à un mysticisme éclairé. Ce n’est que vers l’an 1100 qu’une Loge proprement dite se constitua à Worms, qui devint la Grande Loge de l’Empire.

Les progrès des idées rosicruciennes en Allemagne furent extrêmement rapides, bien que les manifestations extérieures de l’ordre authentique aient été entourées là plus qu’ailleurs d’un secret impénétrable. Puis, les évènements du XVe siècle semblèrent vouloir étouffer le mouvement et menacer jusqu’à son existence. Ainsi, c’est à peine si au début du XVe siècle, l’Ordre compte approximativement 700 membres, la plupart attachés à la grande Loge citée et à celle érigée entre temps à Leipzig.

Ce n’est qu’au commencement du XVIe siècle que les idées rosicruciennes et le symbole de la Rose-Croix connurent un nouvel essor, une nouvelle floraison. Hélas ! Dirons-nous, et en effet, cette étonnante recrudescence des idées rosicruciennes à cette époque, nous ne savons s’il y a lieu de la proclamer avec satisfaction ou la déplorer ! Fruit douteux du travail souterrain d’un ferment qui longtemps avait reposé dans les souches les plus profondes, mais les plus disparates aussi, des populations germaniques, qui produisit une sorte de psychose fiévreuse et malsaine. La Germanie, pays des rêves mystiques par excellence, berceau des imaginations vives et fertiles, avait été blessée en son âme par de profondes controverses politiques et religieuses ! Plus qu’en France, la réaction devait être lourde de conséquences !

Ce qui précède est en soi déjà une contradiction de cette affirmation et croyance si répandue selon laquelle l’Ordre de la Rose-Croix aurait été institué en Germanie par certain Christian Rosenkreutz ! Rien n’est plus contraire à la réalité et le prénommé ne fut pas plus le fondateur de l’Ordre que ne le furent Valentin Andréa, Michael Maier ou même, comme on l’insinue parfois, Martin Luther ! Pour en revenir à la période troublée et troublante à laquelle nous faisions allusion ci-dessus, disons-le bien, elle correspond à l’organisation d’une quantité de sectes de soi-disant « illuminés », dont certaines ne bornèrent même pas leur activité occulte à l’exécution testamentaire du « Temple » (de l’Ordre des Templiers, si traîtreusement anéanti), mais faisant dévier le plan de la Vengeance, préparèrent en sourdine un terrain propice à l’anarchie bien plus qu’à la Révolution qui devait dépasser en fait les visées des Initiés véritables ! Il faut une connaissance approfondie précisément de ce terrain vague pour juger de l’importance et de la signification réelle des documents Rose-Croix de cette époque de gestation : la Fama Fraternitatis, Confessio, les Noces Chimiques, la Réformation Générale, et autres. Ce furent là des manifestes, des avertissements, hélas ! incompris.

Le fait est qu’en 1399 un certain Christian Rosenkreutz, né en Allemagne en 1378, se rendait en Egypte. Il avait été initié aux arcanes de l’Ordre dès sa 21e année (selon les rapports laissés par Krautznoff, Maître de la XIIIe Loge R.C. de Germanie). Christian Rosenkreutz, jeune homme ambitieux, reçut son éducation et son instruction première dans un monastère catholique et se montra tout particulièrement qualifié pour la science chimique. On lui attribue une des principales formules cruciales. Arrivé en Egypte, il déposa devant le Suprême Conseil Primitif un statut-quo qui donnait une description exacte de l’état et de la situation de l’Ordre en Allemagne. Ce document, qui fut par la suite manifestement altéré et servit à de nombreuses compilations, donnait le nom, la date de naissance, le degré d’instruction et les occupations professionnelles de tous les membres de l’Ordre d’Allemagne revêtus d’une certaine autorité, et, faisait ressortir, en conclusion, la nécessité absolue d’une réorganisation de l’Ordre sur des bases nouvelles et plus saines. Le 2 décembre de l’an 1400, un plan d’assainissement de la Fraternité en Allemagne fut définitivement discuté par le prénommé Conseil Suprême. Ce ne fut même qu’une 5e proposition de Christian Rosenkreutz, 4 ayant été préalablement réfutées, qui fut acceptée. Le 12 janvier 1401, Christian Rosenkreutz quittait l’Egypte, se préparant à retourner en Allemagne pour mettre à exécution le plan élaboré. Les pérégrinations de ce Mage, à vrai dire amplifiées à plaisir, sont cependant suffisamment connues pour qu’il ne soit pas nécessaire de les détailler ici.

En 1408, Christian Rosenkreutz et 3 Maîtres des anciennes Loges d’Allemagne publièrent plusieurs manifestes dont l’un portait le titre distinctif de « Document 329 ». Ces manifestes constituaient une sommation aux Rose-Croix de la Juridiction d’avoir à travailler activement dans certaines directions prescrites.

En 1410, un nouveau Temple Rose-Croix fut ouvert à Leipzig, et en 1420 déjà, le nombre des membres de l’Ordre, dûment enregistrés, était de 1345.

Christian Rosenkreutz passa au plan spirituel en 1484 ; son activité avait été brillante et des plus utiles à l’extension de l’Idéal Rosicrucien.

Il n’est pas facile de jeter une certaine clarté sur l’histoire de la Fraternité d’Allemagne du siècle suivant. En 1439, l’un des trois Maîtres associés à l’œuvre de Christian Rosenkreutz avait eu un petit-fils au sujet duquel ce dernier prédit qu’il deviendrait un jour Grand-Maître de l’Ordre en Allemagne. Et ici se place un fait mystique dont la signification échappe facilement aux non-initiés. Qu’on veuille prêter à ce fait le sens d’une allégorie ou qu’on y cherche une démonstration de la théorie de la Réincarnation, peu importe ! L’enfant en question devait se réincarner en 1583 et devenait éligible dans l’Ordre en 1604, sa mission prédestinée n’étant autre que d’ouvrir la voûte qui devait renfermer le corps de Christian Rosenkreutz, ainsi que les signes distinctifs de l’Ordre. Les documents rosicruciens montrent en effet qu’en 1604 certain Maître de la Confrérie découvrit et descella le tombeau en question en compagnie de six associés et en retira tous les documents, signes et sceaux qui devaient établir la succession légitime de la Fraternité. Les pièces en question furent remises à un initié du nom de Hoff. Les membres initiés de notre Ordre, suffisamment avancés dans les Degrés, connaissent les raisons pour lesquelles ce fut Hoff qui précisément fut choisi pour cette distinction, et n’ignorent point non plus le contenu des documents eux-mêmes.

Hoff suivit de point en point les instructions reçues et se mit en rapport notamment avec un membre avancé de la Fraternité en Europe : Sir Francis Bacon, le Baron Verulam, Vicomte Saint-Albans. Depuis longtemps le Grand Chancelier se trouvait être un membre influent, enthousiaste et actif de l’Ordre Rose-Croix. Il fut le réel instigateur du Collège Rose-Croix d’Angleterre qui devint plus tard la Royal Society of England.

L’effet de l’intervention du Baron Verulam fut immédiat, car déjà en la même année (1604) paraissaient la « Fama Fraternitatis », traduite en allemand par Valentin Andréa, et d’autres pamphlets, dont quelques-uns ont déjà été nommés, tous plus ou moins inspirés par Bacon, qui se faisait ainsi l’exécuteur testamentaire de Christian Rosenkreutz. (Il est curieux de constater combien peu d’investigateurs ont remarqué que le portrait publié par quelques-uns des pamphlets R.C. d’Allemagne de cette époque, passant pour être un contrefait de Valentin Andréa, n’était en réalité autre qu’un portrait très fidèle de Bacon !)

Nous avons touché ainsi les points saillants de l’histoire de la Rose-Croix en Allemagne au début du 17e siècle en essayant de redresser les faits généralement mal interprétés par le non-initié. A l’aide de ces indications il ne sera pas difficile à ceux que la question intéresse de retrouver le fil de l’histoire en s’appuyant sur les déclarations de la plupart des auteurs. Pour plus de facilité, nous citerons ci-après les œuvres les plus utiles à consulter, dont le contenu, en tenant compte de la clef que nous avons essayé de fournir, concorde d’ailleurs assez unanimement à partir de cette époque.

  • - BUHLE, Prof., Ueber den wahren Ursprung und die vornnehmlichsten
    Schicksal edes Ordens der R.K. und freymaurer, 1804.
    - FLUDD, Robert : Apologica, Compendaria Fraternitater de Rosae Cruce, 1616.
    - Frater Syntheticus : De Rozenkruisers ; een schets van hun ontstaan, leer en werk, “ Licht en Waarheid ”, 32e année, numéros 844-855.
    - KIESEWETTER, Karl : Die Rosencreutzer, “ Der Sphinx ”, Brunswick, janvier 1886, et “ The Theosophist ”, Madras, avril 1886.
    - KETMIA, Vere : “ Der Compass der Weisen ”, bei Christian Ulrich Ringmacher, 1779.
    - LEWIS Spencer : History of the Order Rosae Crucis, “ The Channel ”, III-IV 1915.
    - MADATHANUS, Hieron, Aureum seculum redivivum, 1621.
    - NAUDE, Gabriel : Instruction à la France sur la vérité de l’histoire de la Rose-Croix, Paris 1623.
    - QUINCEY, Thomas de : Historico-critical inquiry into the origin of the Rosicrucians and the Freemasons, 1824.
    - SEDIR, Histoire des Rose-Croix, Paris 1910.
    - THEORETISCHE BRUEDER, die oder 2. Stufe, der Rosencreuzer und ihre instruction. Athen 1789.
    - WAITE A.-E. : The real History of the Rosicrucians, Londres 1887.
    - WESTCOTT, Dr W.-W. : The Rosicrucians, their history and aims, “ Ars Quatuor Coronati ”, Londres 1894.
    - WITTEMANS, Fr. : Histoire des Rose-Croix, 3e édition, Editions Adyar 1925.

  • Nous terminons ces remarques « A propos de l’histoire de la Rose-Croix » en signalant que la guerre éprouva douloureusement la situation de l’Ordre en Allemagne. Dans ce dernier pays, plus qu’en France même, les membres dirigeants et administrateurs se trouvèrent disséminés, sinon décimés, à tel point qu’actuellement l’Ordre nécessite une complète reconstitution et réorganisation. Le nombre des membres atteint à peine le quart de l’effectif d’avant-guerre, ceci même en tenant compte des diverses branches plus ou moins régulièrement constituées.

    Nous ne dirons rien de l’histoire de la Rose-Croix dans les autres pays de l’Europe, celle-ci se rattachant intimement aux deux cas que nous avons examinés plus spécialement, c’est-à-dire aux destinées de l’Ordre en France et en Allemagne. Aujourd’hui, sans aucun doute, le rosicrucianisme est vital surtout en France et en Belgique. Nous ne parlons pas, cela va sans dire, de l’Ordre tel qu’il fut établi en Amérique au début du 18e siècle. Pareille considération fera quelque jour l’objet d’une étude spéciale.
    A. REICHEL A.M.O.R.C.
    Benedictus Deus Noster qui dedit nobis signum Rosae Crucis

    __________________

    (1) (NDR) Millau est bien entendu dans l’Aveyron. L’erreur vient dans doute du fait qu'elle se trouve dans la vallée du Tarn, rivière qui traverse la ville.
    Simplicitas Veritatis sigillum
    Dernière édition: 2 ans 5 mois ago par Alnitak. Raison: Orthographe
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    Auguste REICHEL - Rose+Croix 2 ans 5 mois ago #3594

    Bonjour Guy, et bonjour à toutes et à tous,

    C'est toujours un réel bonheur de lire ces anciens articles peu accessibles pour beaucoup dans leur édition en langue anglaise d'origine, et tout aussi difficile de trouver publiquement de tels documents. Un grand merci à toi, Guy, pour ce genre de publication sur le forum, mais aussi pour tes efforts studieux de traduction ! :)

    On retrouve en effet dans ce texte de Fra Amertis bien des thèses de Sar Alden. Comme j'ignore qui des deux publia le premier ce genre de récit, le second en reprit-il des éléments ou les puisa-t'il à une source commune ?

    Quoi qu'il en soit, généalogiste de longue date, j'ai eu fort souvent l'occasion de lire des documents anciens et de m'intéresser donc nécessairement à la paléographie. Je reste donc assez étonné, vu la complexité de lecture de tels documents, que l'on puisse ainsi, dans la tradition rosicrucienne, se baser sur des textes aussi anciens illisibles pour des non spécialistes... Mais n'est-ce pas là, peut-être, un autre "mystère" de la R+C ?

    Bien fraternellement
    "Ce que tu penses tu le deviens. Ce que tu ressens, tu l'attires. Ce que tu imagines, tu le crées."
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    Auguste REICHEL - Rose+Croix 2 ans 5 mois ago #3595

    Bonsoir tout le monde,

    Pour la petite histoire, quelqu'un a-t'il relevé que la rose fut introduite en Égypte seulement à partir du sixième siècle avant J.C. ? Dès lors, comment ce symbole inconnu culturellement par ce peuple est-il sensé exister, à minima, sous le règne d'Akhenaton tant de siècles auparavant ? Ah oui, j'oubliais la raison passa-partout, le Cosmique ! :whistle:

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    Auguste REICHEL - Rose+Croix 2 ans 5 mois ago #3596

    Concernant Auguste Reichel, j'ai fait quelques tentatives de recherches sur Internet pour approfondir mes connaissances "abrégées" du personnage, mais j'avoue que l'on n'y trouve pas une mine d'informations... Auriez-vous un portrait de lui, voire une photo historique ? Et savez-vous s'il existe une biographie du personnage ou, tout du moins, des choses le concernant sur un ouvrage ou une revue ?

    Fraternellement
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    Auguste REICHEL - Rose+Croix 2 ans 5 mois ago #3597

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    Auguste Reichel - son portrait B)
    J'ai cherché un bon moment

    "Connais toi toi même et tu connaitras les dieux"
    inscription au fronton du temple d'Apollon à Delphes
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    Cet utilisateur a été remercié pour son message par: witiza, Christian de saint François, Virant de la Roche

    Auguste REICHEL - Rose+Croix 2 ans 5 mois ago #3598

    Merci Fabien, c'est déjà cela ! :)
    "Ce que tu penses tu le deviens. Ce que tu ressens, tu l'attires. Ce que tu imagines, tu le crées."
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