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TOPIC: L’origine islamique de la R+C

L’origine islamique de la R+C 5 years 11 months ago #1612

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Bonjour à tous,

Emile Dantinne, en plus d'être Imperator de la FUDOSI et Grand-Maître de quelques Ordres catholiques, a aussi publié quelques articles dans des revues aujourd'hui disparues et même oubliées.
C'est le cas d'INCONNUES, revue trimestrielle fondée en 1949 par Pierre Genillard, neveu d'Edouard Bertholet à laquelle participaient quelques noms connus de l'époque.
Ces articles, qu'on y adhère ou pas, méritent à mon sens d'être sortis de leur oubli pour être livrés à l'étude du cherchant.
Je vous propose aujourd'hui un texte intéressant par plusieurs aspects dont le moindre n'est pas de porter un regard particulier sur la naissance lointaine d'un mouvement initiatique toujours actuel.
Je ne doute pas que certaines thèses développées ici paraîtront étonnantes tant la pensée unique, y compris dans le rosicrucianisme de maintenant, peut abuser l'esprit le plus critique.
Je vous joins ce texte très long pour un post en pièce attachée (en souhaitant que ça passe) afin que vous puissiez le lire tout à loisir et au calme.



Bonne lecture,
Frat,
Guy
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L’origine islamique de la R+C 5 years 11 months ago #1613

  • Alnitak
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Ben voilà, ça a raté...
Je vous propose donc ce texte paru dans le numéro 4 de la revue in-extenso :
_________________________________

De l’origine islamique de la Rose-Croix

POUR connaître l’histoire de l’Ordre mystérieux de la Rose-Croix, il est indispensable de s’en référer aux anciens documents qui attestent son existence en Europe au début du XVIIe siècle.

Le plus important de ces documents et le premier en date est intitulé : Allgemeine und generale Reformation des gantzen weiten Welt, beneben der Fama Fraternitatis dess löblichen Ordens des Rosenkreutzes an alle Gelehrte und Häupter Europae geschrieben… Cet écrit anonyme de 147 pages in-8° parut à Cassel, à l’imprimerie de Wilhelm Wessel, en 1614.

La partie originale et essentielle de la Réformation est la Fama Fraternitatis comprenant les pages 91 à 118 de l’édition de 16141.

La Fama Fraternitatis parle d’une fraternité secrète fondée deux cents ans auparavant par Christian Rosenkreutz 2dont elle raconte la vie.

Né d’une famille noble, Chr. Rosenkreutz devint de bonne heure orphelin. Il fut élevé dans un couvent qu’il quitta dès l’âge de seize ans pour voyager en Arabie, en Egypte et au Maroc (Sedir, Histoire des Rose-Croix, p. 42).

C’est au cours de ces voyages en pays musulmans que Rosenkreutz fut en rapport avec les sages de l’Orient qui lui révélèrent la science universelle harmonique puisée dans le livre M que Rosenkreutz traduisit.

C’est sur le fondement de cet enseignement qu’il conçut ce plan de réforme universelle à la fois religieux, philosophique, scientifique, politique et artistique et pour la réalisation duquel il s’adjoignit quelques disciples auquel il donna le nom de Rose-Croix.

Le fondateur de l’Ordre de la Rose-Croix appartenait-il, comme l’affirment ses historiens, à une famille noble, aucun document ne permet de l’affirmer péremptoirement. Mais ce qui est certain, c’est qu’il fut un orientaliste et un grand voyageur.

La Fama nous apprend « qu’il entreprit dans sa jeunesse avec un frère P.A.L. un voyage au Saint-Sépulcre. Bien que ce frère soit mort à Chypre et par suite n’ait pas vu Jérusalem, notre fr. C.R. ne s’en retourna pas, mais s’embarqua pour l’autre côté et se dirigea vers Damascus, voulant ensuite visiter Jérusalem, mais à cause de maladies du corps, il s’arrête et grâce aux drogues (auxquelles il n’était pas demeuré étranger) se conserve la faveur des Turcs, entre en rapport avec les Sages de Damasco (Damcar) en Arabie...3»

Il connaît les miracles accomplis par les Sages et comment la nature entière leur était dévoilée. Ne pouvant contenir son impatience, il se met d’accord avec les Arabes pour qu’ils le mènent à Damcar, moyennant une somme d’argent.

Si l’on admet la date de 1378 comme étant celle de la naissance de C. Rosenkreutz, il est incontestable que le début de son voyage vers l’Asie antérieure se situe dans les premières années du XVe siècle, soit pendant l’interrègne de 1389 à 1402, soit à l’époque du sultan Soliman Ier (1402-1410)4... mais incontestablement avant la grande catastrophe du 29 mai 1453, date de la prise de Constantinople par les Turcs. Avant cette époque, il est incontestable que les relations de l’Europe avec les pays musulmans étaient assez normales, et qu’un jeune arabisant comme C. Rosenkreutz n’aurait pas manqué d’être accueilli dans le monde savant des pays musulmans.

Malgré la décadence intellectuelle qui marqua la fin du califat, « les universités du Caire, de Bagdad et de Damas étaient réputées »5.

II n’est nullement étonnant que ce jeune savant allemand se rendant à Jérusalem ait eu le désir de connaître de près cette philosophie arabe dont l’influence avait été si considérable sur la scholastique médiévale depuis que Grégoire IX avait levé la prohibition qui pesait sur Aristote et sur les philosophes arabes6.

Le texte de la Fama relatif aux rapports de C. Rosenkreutz avec les Sages de Damasco (Damcar) n’est pourtant pas si clair qu’on le pourrait croire. S’agit-il de Damas ? Cette ville, en arabe, s’appelle Damashqûn. De plus, l’antique capitale du royaume de Damacène, la capitale de la Syrie, n’est nullement en Arabie.

En réalité ne s’agirait-il pas d’une tout autre école ? Il faut noter que le mot université ou collège correspond au substantif arabe madrasat. L’auteur d’une Histoire du Liban cite le « madrasat-ul-hûqûqi fî Bayrût », c’est-à-dire l’Université de droit de Beyrouth7.

Le mot Damcar reste donc bien mystérieux. J’ai vainement compulsé les dictionnaires de Lane, de Kazimirski, de Richardson, de Wahrmund, de Zenker, de Belot, de Houwa, le Supplément aux dictionnaires arabes de Dozy, les Additions aux dictionnaires arabes de Fagnan, l’Enzyklopädie des Islam et la Geschichte der Arabischen Literatur de Brockelmann. DMCR n’est pas une racine arabe.

Et pourtant Damcar ne semble pas tellement éloigné de Jérusalem. C’est là qu’il apprend plus à fond la langue arabe, si bien que l’année suivante, il traduit en bon latin le librum M8.

Il est assez malaisé de savoir ce que l’auteur entend par liber M. Peut-être s’agit-il d’une traduction du livre perdu d’Aristote porté sous ce titre, mais ce n’est guère vraisemblable. Comme la Fama cite d’autres livres au moyen d’une lettre, on peut en induire que les initiales en question correspondent à la catalogisation dressée par Chr. Rosenkreutz des livres arabes qu’il traduisit.

Après trois ans d’études se rapportant spécialement à la physique et aux mathématiques, il s’embarque du Sinu Arabico pour l’Egypte, où il attache son attention aux plantes et aux animaux.

Il ne semble pas s’être pourtant longtemps attardé en Egypte, comme il le dit, il s’embarque à destination de Fez. Ce qu’il en dit mérite d’être retenu : « Tous les ans, les Arabes et les Africains réunissent des députés pour s’interroger les uns les autres au sujet des Arts et savoir si quelque chose de mieux n’a pas été découvert ou si l’expérience n’a pas affaibli leurs principes. Ainsi, chaque année voit quelque nouveauté qui améliore les mathématiques, la physique (médecine) et la magie. » Mais il reconnaît que « leur Magie n’est pas tout à fait pure et que leur Kabbale est tachée par l’ombre projetée par leur religion »9.

Les Sages qu’il rencontre à Fez sont en rapports périodiques et réguliers avec ceux des autres contrées islamiques. Les « Elémentaires », c’est-à-dire ceux qui étudient les éléments, lui révèlent beaucoup de leurs secrets10.

Fez était alors un centre d’études philosophiques et occultistes : on y enseignait l’alchimie d’Abu-Abdallah, de Gâbir ben Hayân et de l’iman Gafar as Sadiq, l’astrologie et la magie d’A1i-ash-Shabrâmallishi, la science ésotérique d’Abdarrahmân ben Abdallâh al Iskâri. Ces études étaient florissantes depuis le règne des Omeyades11.

Le fait qu’il s’agit de secrets indique sans aucun doute que ceux-ci forment l’enseignement de sociétés secrètes. Il ne s’agit point des Sabéens, société essentiellement hétérodoxe et qui représente une survivance du paganisme. On incline à croire que Chr. Rosenkreutz a trouvé ses secrets chez les Frères de la Pureté, société de philosophes qui se forma à Basra dans la première moitié du IVe siècle de l’Hégire (622) qui, sans être orthodoxe, interprète les dogmes et s’applique sérieusement aux recherches scientifiques. Leur doctrine, qui a sa source dans l’étude des anciens philosophes grecs, s’accentue davantage encore dans le sens néopythagoricien12.

Ils ont repris de la tradition pythagoricienne l’habitude d’envisager les choses sous leur aspect numérique.

Leur interprétation des dogmes par son caractère hétérodoxe a dû rester un secret de la société.

Par exemple, au sujet de la résurrection, ils expliquent que le mot résurrection (qiyâmah) est dérivé de subsistance (qiyâm) et lorsque l’âme quitte le corps, elle subsiste par son essence et c’est en cela que consiste la résurrection.

Les Frères de la Pureté avaient en chaque endroit un lieu de réunion où personne qu’eux ne pouvait entrer et où ils s’entretenaient ensemble de leurs secrets. Ils s’aidaient mutuellement « comme la main et le pied qui travaillent ensemble pour le corps ».

Il y avait divers degrés dans l’ordre : celui des maîtres des métiers, celui des gouverneurs ou les pasteurs des frères, celui des sultans qui représentait le pouvoir législatif, enfin le degré suprême, appelé degré royal qui conférait un état de vision ou de révélation comme celui qu’on atteint par la mort.

La partie secrète de l’enseignement comprenait la théurgie : les noms divins, les noms d’anges, les conjurations, la Kabbale, les exorcismes, etc...13.

Les Frères de la Pureté diffèrent des Soûfis, mais ils s’en rapprochent par bien des points de doctrine. Ce sont deux mystiques dérivant de la théologie coranique. Le dogme y est supplanté par la foi dans la Réalité divine14.

Les Soûfis se distinguent évidemment des Frères de la Pureté, et si leurs doctrines ont des points communs pour presque toutes les sectes soûfistes, il faut en excepter certainement celle qui admettait la métempsycose. A la suite des néo-platoniciens arabes et des kabbalistes juifs qui influencèrent souvent les mystiques, ils firent appel, pour représenter le châtiment de l’âme quittant impure le corps, à l’idée de la métempsycose15.

Leur enseignement présentait assez d’infiltrations chrétiennes pour attirer l’attention d’un initié chrétien comme C. Rosenkreutz. Leur doctrine du Logos dérivant des Evangiles différait évidemment de l’idée chrétienne, mais il y avait chez eux un syncrétisme qu’on retrouvera dans les rites rosicruciens. «Dans l’ascension de l’âme vers Dieu, l’Illumination des Noms est donnée par la Bible, l’Illumination des Attributs par les Evangiles et l’Illumination de l’Essence par le Koran. Jésus et Mahomet ont révélé les mystères de l’Invisible.16» Voilà bien le caractère de ce syncrétisme.

Il est à remarquer que les Frères de la Pureté ne portaient pas d’habit spécial17; c’est un fait connu que les initiateurs s’assuraient aussi d’une personne qui pût leur succéder, qu’ils pratiquaient l’abstinence, ce que l’auteur de la Fama traduit par une image arabe, « ils étaient fiancés à la virginité »18; ils guérissaient les malades. Je m’abstiendrai de citer les noms des grands médecins arabes si connus.


La doctrine rosicrucienne de la création telle que nous l’avons exposée récemment19 se retrouve entièrement dans la philosophie d’Ibn-Sîna. Dieu ne crée pas le monde directement, mais de l’Etre nécessaire émane une intelligence pure qui est le Premier-Causé. Celui-ci connaît son Créateur comme nécessaire et se connaît comme possible. Dès lors la multiplicité s’introduit dans l’Ordre de la création. Cette intelligence est l’intellect actif, illuminateur des âmes. De sphère en sphère (à travers les dix sphères) le rayonnement se poursuit vers les intelligences pures jusqu’à la matière.

Dieu se comprend donc comme cause première toute-puissante et créatrice. Il ne peut pas s’être abstenu tout un temps et avoir commencé ce qui impliquerait en lui un changement, de sorte que la création est éternelle.

Le Créateur ne créant pas directement la matière, par leur rôle d’intermédiaires attribué aux anges, ceux-ci s’identifient avec les principes premiers20.

Il est possible que Chr. Rosenkreutz ait pu connaître l’enseignement d’Ibn-Sîna ou d’Abdn’l-Karim al-Jili21 qui développe une théorie analogue : « Le monde est co-éternel à Dieu, mais dans l’ordre logique, le jugement que Dieu existe en Lui-même est antérieur au jugement que les choses existent dans sa connaissance. Il les connaît comme Il se connaît, mais elles ne sont pas éternelles et Lui est éternel.22»

Mohyi ed-Dîn enseignait que les âmes préexistent au corps, qu’elles sont à différents degrés de perfection et inégalement enfoncées dans les ténèbres du corps. L’acte d’apprendre n’est donc pour elles qu’une réminiscence, une remontée vers le lieu d’où elles sont parties.

Ibn-Arabi qui a écrit un livre sur les Cent noms de Dieu se sert de cercles pour exposer son système qui se rapproche singulièrement des Dignitates Divinae de Raymond Lulle, considéré comme un initié et un précurseur de la Rose-Croix.


La théurgie rosicrucienne ne diffère guère de celle des Soûfis quoique celle-ci ait puisé dans le Koran une angéologie très riche. A côté des Chérubins est un ange plus élevé appelé al-Nûn qui symbolise la Divine connaissance, il se tient devant la Table céleste ; sous le trône de Dieu se tiennent les anges appelés al Qalam (les plumes) ; l’ange al-Mudabbir ; les anges al Mufassil se tiennent devant l’Imamu’l Mubîn, (Première Intelligence) ; les Ruh sont les objets de la Divine connaissance... Le mystique soûfi, lorsqu’il atteint le degré de la perfection, est en rapport avec les anges. Si par eux, il atteint la connaissance des choses du monde visible et de l’invisible, c’est par eux aussi qu’il exerce à distance un pouvoir surhumain sur les choses, sur les hommes et sur les événements, puisque les anges invoqués ne sont plus ici de simples messagers de Dieu mais la pensée même de Dieu en tant qu’elle émane de l’Essence divine par le Premier-Créé vers la réalité métaphysique des choses.

C’est en cela que réside la Haute Magie al sihru’l’âli. Dans le Chemin de la Divine Unité, le mystique Jili expose comment le mystique, par une formule, obtient de Dieu ce qu’il désire23.

Il n’est pas impossible que Chr. Rosenkreutz ait eu connaissance des théories des Karmates relatives à la migration des âmes Ibn Haït, Ibn Janûs, Abû Muslim al Horasanî qui enseignent en effet que les âmes séparées du corps vont parfois vers un autre corps. Le Dr Râzi (La science divine) prétend que les âmes peuvent même entrer dans les corps d’animaux24.

D’autre part, l’école de Basra au sujet de l’éternité du ciel et de l’enfer qui est le dogme orthodoxe de l’Islam, prétend que les peines de l’enfer auront une fin en raison même de la bonté de Dieu25.

L’alchimie et l’astrologie étaient en grand honneur au XVe siècle dans les écoles ésotériques de l’Islam. La plupart des philosophes et des bibliographes en ont parlé ; ils reprenaient d’ailleurs les travaux des philosophes grecs26 en les amplifiant. Ce sont les livres grecs qui avaient révélé aux savants arabes les secrets de l’astrologie, de l’alchimie et de la magie. Ces sciences avaient été cultivées par les philosophes grecs, par Platon, Thalès, Démocrite, Parménide, Pythagore, Zosime, Chymès, Hermès, etc…27

Dans le Kitab-el-Fihrist, Ibn-Abi-Yakoub-en-Nadim qui a dressé, vers l’an 850, un catalogue des sciences, cite les noms des philosophes grecs qui se sont occupés de magie. Déjà à cette époque, les auteurs alchimiques étaient entre les mains des Arabes qui les avaient pris pour guides en alchimie comme dans les autres sciences28.

Le sage Ostanès écrivit le Livre des XII chapitres sur la science de la pierre philosophale et Geber el Djaber a laissé, sur ce sujet, plus de cinq cents ouvrages29. La liste des auteurs arabes qui ont étudié l’alchimie ou l’astrologie serait interminable.

C’est d’ailleurs par les Arabes que les études alchimiques revinrent en Europe au temps des Croisades ; le Theatrum chemicum, collection informe des traités alchimiques du moyen âge, ne cite même que les traductions latines des Arabes à l’exclusion des œuvres grecques30.

Cette science que les Arabes de Syrie et d’Espagne avaient transmise à l’Occident, Christian Rosenkreutz en retrouvait les sources dans les bibliothèques de l’Orient.

Pour ce qui touche la médecine occultiste, il faut noter que l’étude de la médecine était en rapport étroit avec celle de la philosophie, qui avait spécialement fleuri à Alexandrie. Après la conquête de l’Egypte, séparée de Byzance, ce centre de culture intense des sciences, elle perdit de son importance31.. Il fallut près d’un siècle avant qu’elle la reconquière.

Sous le calife Harun-al-Rachîd, un médecin hindou, Mankah, traduisit les Ganakja (Shânâk) en arabe. Sous le califat de Mamuns, Abul-H-A-ben-Sahl-Rabban-at-Tabari fut un médecin célèbre32.

A côté de la médecine et de la philosophie, les philosophes, continuateurs du néo-pythagorisme, s’occupèrent aussi d’alchimie et de magie33. Parmi la liste des écrivains arabes repris au chapitre des sciences occultes, on retrouve beaucoup de médecins tels Ali ash-Shabrâmallishi, Gabir-ben-Hayân, le plus grand des alchimistes, l’iman Gafar-as-Sadik, etc.34.

On remarque dès lors l’importance que devait prendre aux yeux de Chr. Rosenkreutz l’étude de la médecine, et ce principe de charité de soigner les malades est aussi musulman que chrétien.

Il avait trouvé chez les musulmans l’idée de cette liberté dogmatique, de cette tolérance, de cette liberté spirituelle35 qu’il appliquera à l’Evangile. C. Rosenkreutz n’aurait pas été séduit par l’enseignement philosophique des Arabes s’il n’avait été pénétré comme tous les penseurs occidentaux de cette grande considération pour les philosophes arabes qui avaient poursuivi dans la recherche de la vérité une voie parallèle à celle des chrétiens et qui eux-mêmes avaient été souvent aidés par des chrétiens, car les traductions arabes des philosophes grecs avaient été faites par des Syriens chrétiens36.

L’occultisme des Grecs avait d’ailleurs été recueilli par les savants arabes aussi bien que leur philosophie et ce n’est pas parce que Gazâli écrivit De la destruction des Philosophes (grecs) qu’il s’abstint de leur emprunter diverses thèses. D’autres comme Avicenne et Farâbi sont les continuateurs de la pensée grecque37. La grande tradition occulte passe donc par l’Islam après la Grèce et ce n’est que de là pour ainsi dire qu’elle revient en Europe.

La Fama nous apprend que C. Rosenkreutz connaissait bien la Kabbale, comme son livre appelé H le prouve38.

Evidemment la Kabbale est un produit de l’ancien ésotérisme juif qui s’inspire des écrits talmudiques et midrashiques et des spéculations théologico-philosophiques de la période judéo-arabe. La Kabbale médite la Bible à l’aide des procédés exégétiques de la Haggadah et en la repensant, elle en extrait la doctrine orale Halakha et Aggada. L’ancien fond, magie et théurgie, constituent le domaine de la Kabbale pratique ; elle s’est constituée non seulement par le mouvement interne du type de pensée gnostique enrichi de l’apport de l’antique tradition juive mais surtout par la pénétration de la philosophie judéo-arabe.

Une des données fondamentales de la Kabbale qu’elle tient de ses lointains antécédents gnostiques est le sentiment que Dieu est inconnaissable « Deus absconditus », formule qui dérive moins du néo-platonisme que du gnosticisme. Les kabbalistes désigneront Dieu comme Première Cause, nom qu’ils empruntent aux philosophes arabes. Les sefirôt seront les équivalents des intellects de la métaphysique d’Ibn-Sîna. Il faut noter que tous les problèmes de la philosophie arabe repris par la Kabbale, elle les a repensés avec cet autre esprit, l’esprit juif, qui leur a donné une originalité vivante ; et par sa dextérité interprétative, lui a communiqué une unité ésotérique39.

Chr. Rosenkreutz connaissait-il l’hébreu des Targum et l’hébreu rabbinique, rien ne le prouve dans le texte de la Fama. Cela, au fond, n’était pas indispensable. Les penseurs arabes s’intéressaient assez eux-mêmes à la Kabbale pour que leur disciple chrétien ait pu trouver chez eux la révélation de l’enseignement kabbalistique. Il ne manquait d’ailleurs pas d’occultistes juifs qui écrivaient leurs livres en arabe, Maïmonide par exemple.

Néanmoins, une chose reste certaine, de ses voyages et de ses études à travers le monde musulman40, Chr. Rosenkreutz a gardé intangible la foi chrétienne. Les révélations qu’il rapportait de cette mission initiatique s’encadraient d’ailleurs merveilleusement dans le système de la pensée chrétienne, elles lui donnaient une profondeur, une élévation, une ampleur nouvelles. Ce n’est pas un théosophe, c’est uniquement un initié chrétien et la devise inscrite sur son tombeau secret l’exprime :

Ex Deo nascimur, in Jesu moriemur,
per spiritum sanctum reviviscimus.


De cette analyse sommaire de la Fama on doit conclure à l’authenticité de sa mission en Orient et à part quelques détails sinon imaginaires, du moins incontrôlables41, à l’authenticité des principes exprimés dans l’exposé de sa doctrine.

On doit en conclure que la source première de la Rose-Croix a été essentiellement islamique et à tout le moins arabe.

EMILE DANTINNE

_______________________________

(1) La traduction française de E. Çoro (Ed. Rhéa, Paris 1921) comporte 63 pages. Elle porte en sous-titre : « Voyages de Christian Rosenkreutz ». La Fama est attribuée à Jean Valentin Andreae.
(2) C. Rosenkreutz est considéré par plusieurs historiens comme un personnage mythique. Cependant Larousse donne comme dates 1378-1484.
(3) Fama, 1921, p. 21-27.
(4) T. MANN, Der Islam, p. 116.
(5) P. KELLER, La question arabe, p. 17.
(6) A. M. GOICHON, La philosophie d’Avicenne et son influence en Europe médiévale, 1944, p. 105.
(7) Musawîr fî târîk Lûbnâni, p. 28.
(8) Fama, p. 33-47. S'agirait-il pour Damcar d'une madrasat (université) dont le nom a été dénaturé, peut-être celle de Médinat (Médine) où les sciences occultes étaient en honneur ?
(9) Fama, p. 24.
(10) Fama, p. 26.
(11) Cf. BROCKELMANN, Gesch. der arabischen Literatur, t. II.
(12) CARRA DE VAUX, Les penseurs de l'Islam, t. IV, p. 107.
(13) CARRA DE VAUX, op. cit., p. 113.
(14) R. A. NICHOLSON, Studies in islamic mysticism, 1921, p. 79.
(15) G. VAJDER, Introduction à la pensée juive du moyen âge, 1947, p. 97.
(16) NICHOLSON, op. cit., p. 138
(17) BLOCHET, L'ésotérisme musulman (Muséon, 1910).
(18) Fama, p. 38.
(19) La pensée et l'œuvre de Péladan, La philosophie rosicrucienne, 1947.
(20) GOICHON, Introduction à Avicenne, p. 32 ss.
(21) Il est l’auteur de al Insanu’ Kamil fi mâ rifati’ lawa’il (L’homme parfait dans la connaissance des origines), ouvrage soufiste.
(22) NICHOLSON, op. cit., p. 103
(23) NICHOLSON, op. cit., p. 139
(24) M. HORTEN, Die philosophische Probleme der spekulativen Theologie im Islam, 1910, p. 152.
(25) HORTEN, op. cit., p. 275.
(26) Enziklopädie des Islam, I, p. 514.
(27) M. BERTHELOT, Les origines de l’alchimie, 1938, p. 130.
(28) M. BERTHELOT, Les origines de l’alchimie, 1938, p. 206.
(29) M. BERTHELOT, Introduction à l’étude de la chimie des anciens et du moyen âge, 1938, p. 216.
(30) M. BERTHELOT, Les origines de l’alchimie, 1938, p. 209.
(31) BROCKELMANN, Geschicht der arabischen Literatur, Sup. II, p. 412
(32) Idem, II, p. 415.
(33) Idem, p. 418.
(34) BROCKELMANN, op. cit., I, p. 24I.
(35) T. MANN, Der Islam, p. 99.
(36) A. M. GOICHON, op. cit., p. 132.
(37) M. HORTEN, Die philosophischen Ansichten von Râzi und Tusi, 1910, p. VII.
(38) Fama, p. 44.
(39) G. VAJDER, Introduction à la pensée juive du moyen âge, 1947, p. 197-210.
(40) Fama : …quam Arabico et Africano, itineribus.
(41) Que l’on doit imputer à l’auteur de la Fama.
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L’origine islamique de la R+C 5 years 11 months ago #1614

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bonjour Guy le fichier joint n'est pas passé mais l'isée est excellente.... et il y a matière à discussion passionnane

Je pense que si on peut considérer l'univers Musulman comme partie intégrante de la R+C c'est celui d'avant le grand Schisme du 12eme siècle Chrétien (6eme de l'Egire). D'un autre côté on sait aussi que le Prophète Muhammad a été elevé et éduqué par son Oncle qui était Chrétien dans une branche qui considérait Issah (Jésus) comme un grand Prophète mais pas comme Dieu incarné. De plus les 3 voiles Soufis sont les mêmes que les Linceuls des Elus Coën....

Amitiés
Alain
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L’origine islamique de la R+C 5 years 11 months ago #1619

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Si l'on admet l'idée que l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coën était la "véritable R+ du 18ème" ... La Rose+ d'or d'Ancien Système étant trop envahie par les Illuminés de Bavière pour être rosicrucienne... où s'est fourvoyé pendant quelques mois Karl Von Eckarschaussen (avant de prendre ses jambes à son cou pour en partir)... On comprend dès lors pourquoi Martines Depasqually laisse des ouvertures à d'autres religions dans les Statuts de 1765...

Merci Alnitak pour ce superbe document.... (qui recadre aussi un peu ma pensée par rapport à la lettre de Dantine en 1941...)

Musulmans et Rosicruciens peuvent dire ensemble 'Il n'y a de Dieu que Dieu...
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L’origine islamique de la R+C 2 months 1 week ago #5804

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Bonjour,

Je déterre ce sujet d'il y a cinq ans trouvé via google.

La confessio semble dans son texte, beaucoup moins en faveur d'une originine islamique.

Qu'en pensez-vous ?

Fraternellement ?
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L’origine islamique de la R+C 2 months 1 week ago #5807

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Oups !

Le "fraternellement?" est une faute de frappe.
Je voulais dire "fraternellement,"

Le "?" étant la majuscule de la "," sur le clavier c'est une faute de frappe, pas un sous entendu, je vous rassure.

Donc...

Fraternellement,
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